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Interview

Harouna Keita (La Sénégalaise des Systèmes Médicaux) : « Les réformes et défis du secteur de la santé à l’ère du post-Covid 19 »

Harouna Keita (La Sénégalaise des Systèmes Médicaux) : « Les réformes et défis du secteur de la santé à l'ère du post-Covid 19 » - investactu.com

Pouvez-vous nous parler de votre entreprise et vos principales activités dans le secteur de la santé ?

La Sénégalaise des Systèmes Médicaux (SSM S.A) créée en 2002, est une Société anonyme de droit Sénégalais au capital de 50 millions de francs CFA. Son capital social se trouve à la Villa 275 du Lotissement Djily Mbaye de Yoff.

Elle est spécialisée dans l’importation, la vente et le service après-vente des équipements biomédicaux et hospitaliers ainsi que la commercialisation des consommables et réactifs de diagnostic médical.

Elle est certifiée ISO 9001 V2008 depuis 2015.  Le certificat a été renouvelé avec succès sous la nouvelle la version ISO 9001V2015.

Aujourd’hui, elle compte une trentaine de collaborateurs dont une dizaine d’ingénieurs et de  techniciens biomédicaux, assurant les interventions techniques et les formations applications de nos clients sur l’ensemble des équipements vendus, installés et sous garantie ou sous contrat de maintenance .

Elle a activement participé à la riposte Covid-19 en équipant la plupart des laboratoires du Sénégal à partir de contrat de marché signé avec le Ministère de la Santé et certains bailleurs comme la Banque Mondiale.

Elle est actuellement impliquée dans la mise en place d’équipements de haute technologie tels que les séquenceurs auprès de laboratoires très spécialisés de la place et qui travaillent dans le domaine de la génomique. Nous contribuons ainsi à augmenter d significativement les capacités de séquençage d’agents pathogènes dans le pays

Nous avons constaté une baisse du taux de séropositivité de l’épidémie de coronavirus ces derniers mois, quelle lecture faites-vous de cette situation ?

L’épidémie à la Covid-19 a commencé au Sénégal en mars 2020 avec trois vagues qui se sont succédées depuis lors. Depuis deux mois, la tendance est à l’accalmie avec moins de trois cas répertoriés par jour. Cette situation est à saluer. Nous devons toutefois restés mobilisés et éviter de dormir sur nos lauriers. Il ne faut pas perdre de vue que cette épidémie comporte encore des aspects non maîtrisés.

Par ailleurs, l’Europe est en train de vivre sa cinquième vague depuis la mi-novembre 2021. Les cas spécifiques de l’Autriche qui est entrain de reconfiner et de l’Allemagne qui fait face à une remontée fulgurante du variant Delta interpellent.

Sans compter la France qui s’inquiète de la tendance haussière du nombres cas journaliers

Tous ces pays ont des taux de couverture vaccinale qui excèdent les 60%.

Par conséquent, nous devons rester vigilants et surtout nous conforter dans le strict respect des gestes barrières (port du masque, lavage des mains, respect de la distanciation sociale, contrôle des cérémonies sociales etc…) et renforcer notre campagne de vaccination qui pâtit encore d’une communication insuffisante.

Comment analysez-vous les effets économiques et sociaux de la Covid 19 et les perspectives de sortie de crise ?

La Covid-19 a créé un bouleversement global de l’économie mondiale avec des conséquences sociales qui étaient complètement imprévisibles.

Personne ne pouvait imaginer toute une flotte d’avions clouée au sol pendant des mois !

Au niveau du Sénégal, l’économie a été bien secouée, malgré les énormes efforts d’accompagnement de l’Etat à l’endroit des Entreprises publiques et privées, de la population et de la diaspora etc…

Ainsi, en plus des pertes notables en vies humaines, il a été observé :

  • une baisse de la croissance économique qui passe de 6% à 1.7% ;
  • une augmentation du chômage dans beaucoup d’entreprises surtout dans les entreprises touristiques (hôtels, restaurants, transports…) ;
  • un secteur informel désemparé avec arrêt temporaire de ses activités et avec des conséquences néfastes au niveau social, ledit secteur emploie plus de 40% des actifs ;
  • une baisse des transferts d’argent en provenance de la Diaspora (plus de 1.000 milliards de Francs CFA sont envoyés chaque année par les migrants sénégalais vivant à l’étranger). Certaines Institutions comme la BCEAO indiquent des baisses de plus de 30% en 2020 impactant sur les couches sociales modestes ;
  • une hausse de l’indice de la pauvreté avec des répercussions sur l’épargne donc sur le financement de l’économie ;
  • un renchérissement des coûts de transports internationaux du fait de la rareté momentanée de certains moyens de transport (frêt aérien, maritime, terrestre …) qui impacte notablement sur les coûts de beaucoup de produits ;
  • une baisse du volume horaire au niveau de l’éducation ayant des conséquences à terme sur le niveau des apprenants et la qualité des ressources humaines.

Par contre, des perspectives de sortie de crise se dessinent :

  • cette crise sanitaire a permis d’organiser le travail autrement (télétravail, conférences et formations en ligne, etc…) limitant de manière drastique les déplacements non indispensables ;
  • la pandémie a permis de mettre en exergue la nécessité d’organiser le secteur informel incluant notamment son recensement et éventuellement son accompagnement vers la formalisation ;
  • cette crise a mis à nu les grosses faiblesses de notre économie. Nous importons presque TOUT. Cela a permis une prise de conscience de l’Autorité quant à la mise en place de politique publique axée autour d’un développement économique plus endogène avec la recherche de l’autosuffisance dans certaines spéculations agricoles vitales ; le renforcement et la protection du secteur privé national ; l’incitation à la production industrielle locale et plus spécifiquement à la production pharmaceutique et biomédicale nationale ;
  • le PAP2a a également décrit de manière claire et détaillée les perspectives de sortie de crise.

Selon vous, quelles sont les contraintes majeures qui freinent le développement de notre système et de nos services de santé ?

Cette pandémie a permis de constater deux éléments fondamentaux : tout d’abord  l’état de dénuement des services de santé et paradoxalement, dans le même temps, la grande capacité de résilience de notre système sanitaire.

D’une capacité de 500 lits et 20 lits de réanimation au début de la pandémie, le Ministère de la Santé, à travers la DIEM (Direction des Infrastructures, des Equipements et de la Maintenance) a réussi à porter la capacité litière à presque 2.000 lits pour la prise en charge des cas de covid-19 et 80 lits chauds de réanimation pour les cas graves.

Cela s’est effectué à partir d’une mise à niveau de plusieurs établissements publics de santé et la construction en parallèle de Centres de Traitement Epidémiologique (CTE) dédiés à la prise en charge des malades du Covid.

Il faut reconnaitre que le Sénégal dispose d’un bon système de santé.

Son organisation pyramidale (poste de santé, centre de Santé, EPS1, EPS2, EPS3)  permet de prendre en charge les cas simples au niveau le plus décentralisé jusqu’aux cas les plus complexes au niveau des structures de santé les plus spécialisées.

Toutefois, il est indéniable que les structures sanitaires sont confrontées à  certains problèmes d’organisation et de gestion qui constituent leur  talon d’Achille.

Il est important de relever un certain nombre de faiblesses du système sanitaire, avec:

  • le déficit des services d’urgence : qui induit la nécessité d’une mise à niveau du plateau technique pour une prise en charge rapide de certaines maladies ou accidents afin d’éviter des évacuations sur Dakar avec son lot de problèmes (embouteillages, durée du trajet, risques d’accidents, saturation des services d’urgence etc.) ;
  • la recrudescence des maladies non transmissibles tels le diabète, les maladies cardiovasculaires, le cancer et la persistance des maladies transmissibles tels que le paludisme , la tuberculose et le sida qui nous installent dans un contexte de « double charge de morbidité » ;
  • la construction de 4 nouveaux hôpitaux (Kaffrine, Touba, Kédougou et Sédhiou) constitue une avancée considérable, mais on assiste dans le même temps à la déliquescence d‘autres structures sanitaires du fait de la vétusté du plateau technique ;
  • la quasi inexistence de partenariat dynamique entre le secteur public et le secteur privé (40% de l’offre de soins)
  • la gestion problématique des structures sanitaires qui ne repose pas sur des objectifs clairs avec des indicateurs de performance clairement identifiés ;
  • la faiblesse du budget du MSAS (8%) alors que la conférence de Lagos invitait les Etats à consacrer au moins 15% de leur budget national au secteur de la santé ;
  • la faiblesse de la CMU qui pousse les ménages à un paiement direct (plus de 50% des dépenses de santé dans les Structures sanitaires) et contribue significativement à leur appauvrissement ;
  • la dette hospitalière qui plombe l’activité des fournisseurs des services de santé et crée très régulièrement des blocages du système ;
  • les déficits récurrents en ressources humaines de santé notamment les ressources humaines spécialisées avec des quasi déserts médicaux dans les régions de l’est et du sud du pays ;
  • Etc….

Pour un système de santé pérenne et résilient, le Sénégal a mis en place un plan d’investissement 2020-2024 avec des réformes importantes et une implication du secteur privé. Comment appréciez-vous cette nouvelle stratégie ?

Le plan d’investissement 2020-2024 implique des réformes majeures indispensables pour un système sanitaire pérenne et résilient :

  • la gouvernance du secteur sanitaire : CSU (Couverture sanitaire Universelle) avec le remboursement des hôpitaux et le paiement de la dette hospitalière….
  • la gestion des structures sanitaires surtout celle des hôpitaux avec des objectifs et des indicateurs de performance clairement définis ;
  • la santé digitale : il est à l’heure actuelle très difficile, voire impossible de suivre un malade qui a été consulté et/ou traité dans 2 sites différents ;
  • le développement de l’industrie pharmaceutique locale (plus de 90% des produits pharmaceutiques consommés au Sénégal sont actuellement importés) avec notamment la préférence nationale  pour la commande publique et l’appuie étatique ciblé ;
  • la promotion de l’investissement privé avec des facilités d’accès au fonds et surtout l’élaboration et la mise en œuvre d’un cadre législatif incitatif qui va permettre d’installer définitivement un environnement des affaires propice.

On vient de clôturer le LAB sur la structuration et la relance de l’industrie pharmaceutique du Sénégal qui nécessite des investissements de près de 300 milliards de F CFA. Quelle analyse faites-vous de ce projet ?

Le LAB Pharma a été un atelier intensif de cinq semaines durant lesquelles le Ministère chargé du suivi du PSE a lancé les fondements du renouveau de l’industrie pharmaceutique. Nous rappelons que 90% de la consommation pharmaceutique est importée.

Je trouve la démarche pertinente et surtout innovante car ayant permis de réunir l’ensemble des acteurs impliqués : le secteur privé, les Ministères de la Santé, des Finances, de l’Industrie, du Commerce, de l’Enseignement supérieur et les différents Partenaires au développement (partenaires techniques et financiers).

En réalité, cette relance de l’Industrie pharmaceutique nécessite beaucoup de réformes au préalable et surtout la mise en place d’un cadre réglementaire et législatif, d’une meilleure politique fiscale incitative et surtout de l’adaptation des couts de production (électricité, eau) et la prise de mesures fortes pour la protection des investisseurs.

Sur les 300 milliards de francs CFA d’investissement global, presque 200 Milliards viendront du secteur privé pour financer différents projets pharmaceutiques et médicaux.

La démarche étant une première, prenant en charge de manière holistique toutes les problématiques liées à l’environnement des affaires avec un agenda réaliste, je reste optimiste et espère que cette relance de l’Industrie pharmaceutique sera effective et se fera avec succès pour le bien de nos populations.

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Lansana Sakho

    21 décembre 2021 à 11h26

    Toutes mes félicitations le point clé reste l’environnement des affaires ce qui ne signifie pas une ouverture à tout vent il y a un minimum de protection des entreprises locales pour éviter que nos se transforment en souks

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