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La souveraineté économique est une clé pour atténuer les incertitudes actuelles et ouvrir les portes de la résilience

La souveraineté économique est une clé pour atténuer les incertitudes actuelles et ouvrir les portes de la résilience - investactu.com

Abdoulaye Ly, Directeur Exécutif du Club des Investisseurs Sénégalais (CIS), nous avons parcouru, avant-hier, un rapport du Fonds monétaire international (FMI) qui mettait en exergue la nécessité, pour le gouvernement Sénégalais de  supprimer la  subvention qu’il accorde à l’énergie. En  tant  qu’économiste, et  Directeur Exécutif  du  Club  des Investisseurs Sénégalais, qu’elle lecture globale faites-vous de ce rapport ?

Le rapport du FMI ressemble à un rapport du FMI, avec comme souvent, une charge très dogmatique sur la maîtrise des dépenses publiques, la suppression des subventions et la levée des exonérations fiscales. Tout semble indiquer que le FMI se préoccupe essentiellement de la capacité de l’Etat à maintenir sa solvabilité financière. La conséquence d’une telle option serait une relégation au second rang des préoccupations sociales qui restent les attentes des sénégalais. La situation actuelle appelle à l’audace et même au déséquilibre pour faire face au défi de résistance aux chocs exogènes par une véritable transformation structurelle de l’économie. Il convient à cet égard de souligner que le Sénégal a fait le pari de la souveraineté économique, notamment en matière alimentaire et pharmaceutique consignée dans le PAP II A qui s’accommode difficilement des restrictions de dépenses publiques. Il s’y ajoute que la période d’incertitudes que le monde entier connaît appelle un volontarisme des États dans l’impulsion de l’offre domestique plutôt que la réduction des dépenses. Étant encore une jeune nation, c’est à ce prix que nous pouvons privilégier la construction de capacités domestiques durables sans renoncer bien sûr aux avis de nos partenaires. Quoi qu’on en dise, le rapport du FMI demeure le document de référence des partenaires publics et privés du Sénégal en matière d’analyse économique. J’ai noté les perspectives de croissance du Sénégal qui sont estimées autour de 10% en moyenne sur la période 2022-2023, sous l’effet de la production de pétrole et du gaz. Selon le FMI, l’inflation devrait retomber à 2 % après avoir atteint plus de 10% en août 2022.

Quel pourrait être, selon vous, l’impact de l’arrêt des subventions que préconise le FMI ?

Les subventions sont créées pour soutenir la consommation nationale particulièrement chez les couches les plus défavorisées de la population. Avec les subventions, les pouvoirs   publics   essayent   d’atténuer   l’effet   de   la   courbe   ascendante   des prix.  Incidemment, elles favorisent la demande des ménages y compris les plus vulnérables, conférant ainsi une dynamisation de l’offre du secteur productif. C’est donc un facteur déterminant dans la vie et le développement des PME. Supprimer les subventions en appliquant les prix réels du marché, peut conduire à l’inaccessibilité d’une partie importante de la population à l’énergie, eu égard au niveau élevé de la pauvreté qui touche 37,8% des Sénégalais. Au moment où on veut démocratiser l’accès à l’électricité, promouvoir l’auto-emploi et impulser le développement de PME, il parait inapproprié de supprimer la subvention. De surcroît, il n’est pas souhaitable d’envisager une telle mesure en période de tension inflationniste comme c’est le cas actuellement. Il est vrai maintenant que les subventions représentent une charge financière importante pour l’Etat, estimée à plus de 120 milliards de FCFA chaque année. Mais, je considère qu’on peut faire des économies budgétaires ailleurs sur des dépenses non prioritaires qui n’ont pas d’impact macroéconomique avéré. Cela pose une nouvelle fois la lancinante question de la qualité de la dépense publique. Dans ce cadre, certains évoquent la suppression des dépenses dites «de prestige » et la fusion de   certaines   administrations   notamment   celles   en   charge   d’appuyer   les investisseurs.  Outre les économies à réaliser, cette option permettrait d’asseoir les conditions d’une rationalisation du service public pour les affaires et de garantir plus d’efficacité à l’action de l’Etat.                                                       Au total il convient de favoriser les dépenses d’investissement, d’une part et les dépenses sociales de protection des bourses des plus vulnérables, d’autre part, ne serait-ce que dans une phase transitoire. Le tout avec la recherche d’économies en toile de fond.

Le FMI qui plaide pour l’élimination des exonérations fiscales onéreuses. Etes-vous pour ?

Les exonérations fiscales sont généralement instituées avec des objectifs précis notamment de promotion des investissements pour augmenter le PIB, créer des emplois et développer les exportations. C’est une dépense fiscale et comme telle, elles être évaluées. Sous ce rapport, avant d’envisager une suppression des exonérations fiscales, il faudrait en mesurer le niveau et le coût d’opportunité. Le simple constat du coût élevé des exonérations ne suffit pas pour les supprimer. Qui plus est, le Sénégal aura bientôt un code des investissements rénové qui consolide les engagements dans les exonérations  fiscales.  En  permettant  à  une  entreprise,  d’importer  des  biens d’équipements de production sans payer des droits de douanes, la puissance publique lui facilite la tâche surtout par rapport à nos concurrents. En instaurant un rabais pour permettre aux entreprises sous le régime des zones économiques spéciales de payer seulement 15% d’impôts sur le revenu et non 30% dans le droit commun, le législateur a souhaité favoriser l’emploi et les exportations. Il y a donc une contrepartie économique et même structurelle à cette dépense fiscale. Donc la dépense fiscale est aussi un élément d’attractivité et de compétitivité nationale. Maintenant est-ce que le coût de cette dépense fiscale est couvert par les résultats finaux. Est-ce que les résultats visés à travers les exonérations sont obtenus ? Personnellement je ne peux pas répondre à ces questions mais en tout état de cause avant de procéder à une suppression des exonérations, il faut voir ex ante si elles ont permis d’atteindre leurs objectifs notamment en matière d’attractivité économique et de dynamisation de l’économie globalement.

Dans le rapport de la FMI, il y a un point qui a été mis en exergue, il s’agit du renforcement du recouvrement des recettes.

En matière de recettes fiscales, le Sénégal a fait beaucoup de progrès qui ont donné lieu à l’augmentation subséquente du budget. Quand les recettes augmentent, le budget  augmente,  dans  la  même  proportion  suivant  les  impératifs  d’équilibre macroéconomique. Maintenant, il est important d’identifier les niches fiscales sans remettre en cause les avantages accordés à  ceux qui sont alignés sur les priorités stratégiques du moment des décideurs politiques comme l’agroalimentaire, l’industrie, la pharmacie et les investissements dans les territoires. Il s’agit de recenser ceux qui ne payent pas l’impôt correctement, de manière à leur conférer un statut fiscal équilibré. Il ne faudrait pas que tout le monde ou tous les secteurs payent le même impôt mais d’instituer un régime progressif dont le taux obéit au statut économique de chaque contribuable. Cela procède comme disait quelqu’un, de l’intelligence fiscale pour maintenir la durabilité de la base fiscale et l’équité économique.

L’assainissement des finances, pensez-vous que les finances publiques sont bien gérées au Sénégal ?

Il serait peut-être fastidieux de parcourir toutes les finances publiques en parlant de la fiscalité, de la dette, des dons, des dépenses, etc. L’analyse des finances publiques, sous l’angle des recettes fiscales, laisse apparaître une tendance assez positive en la matière. Ce n’est pas suffisant mais la tendance est globalement positive. Il convient de noter que quand l’Etat réalise des performances fiscales dans ses recettes douanières, ça souligne au moins une situation défavorable : nous n’avons pas l’appareil productif pour fabriquer les biens dont nous avons besoin. Nous sommes donc obligés de les importer. Donc en important nous créons une base fiscale pour la douane et ça c’est négatif du point de vue économique surtout pour la balance des paiements quel que soit par ailleurs les recettes qu’on aura collectées.

Plus généralement, il convient de favoriser plus d’équité fiscale, pour empêcher qu’un petit nombre de personnes physiques et morales payent l’impôt à la place des autres. Dans une démocratie, il n’est pas acceptable qu’un petit nombre de personnes qui disposent des revenus payent à la place des autres. Il faut bien faire fonctionner l’Etat mais tous les Sénégalais qui disposent de revenus doivent y participer, sans préjudice de l’exigence des exonérations fiscales.

Le FMI a aussi parlé de la vulnérabilité croissante de la dette publique, quel commentaire faites-vous sur ce point ?

Le principal repère du monde économique sur la dette, est contenu dans les critères de convergence de l’UEMOA. Les pays membres avaient décidé il y’a plus de 25 ans de retenir des indicateurs de performance uniformes en matière fiscale, d’inflation, de déficit budgétaire rapporté au PIB et de niveau de dette comparée au PIB. Et jusqu’ici, il y’avait un accord pour considérer qu’au-delà de 70% du PIB, le niveau de la dette devenait critique. C’était une approche qui vise à garantir la soutenabilité de la dette publique vue comme la capacité de l’État à rembourser ses emprunts sans compromettre ses équilibres macroéconomiques et sans recourir à de nouveaux allègements dans le remboursement. Avec l’avènement de la Covid-19, ces critères ont été gelés en avril 2020 par les Etats de l’Union dans le cadre des « mesures urgentes et les plans de riposte » contre les effets économiques de la pandémie. Il a fallu pour les 8 pays membres mobiliser 5.285 milliards de francs CFA à cet effet. Des lors, parler de niveau exagéré de la dette pourrait paraître inconvenant dans la mesure où le critère de 70% qui constituait le repère a été suspendu pour desserrer les contraintes dans la mobilisation de financements.

Toutefois, quand une économie s’inscrit dans une doctrine libérale, au delà de la convergence des économies, il est essentiel d’avoir une dette maitrisée. Parce qu’une dette qui flambe est une source de contre-attractivité pour le pays. En effet, les investisseurs  peuvent  être  amenés  à  considérer  que  le  niveau  important  de l’endettement comparé au PIB pourrait conduire l’Etat à augmenter la fiscalité de manière à disposer de recettes additionnelles pour rembourser la dette. Quand vous avez une dette trop élevée, vos conditions d’accès aux financements deviennent plus difficiles, en raison de la probabilité de défaut que vous représentez qui justifierait la prime de risque ou taux d’intérêt additionnel. Une dette publique excessive est souvent, pas toujours, le signe d’une éviction du secteur privé (créateur d’emplois et de richesses) du marché du crédit. Donc vous comprenez très bien que la hausse non maîtrisée de la dette n’est pas souhaitable dans une économie libérale comme celle du Sénégal. Le niveau de la dette est un indicateur fondamental de l’attractivité d’un pays. Du reste, les investisseurs privés étrangers et nationaux surveillent les indicateurs de la dette, de finance publique et d’évolution globale de l’économie qui constituent, à des degrés divers, des déterminants de l’investissement. Les détenteurs de fonds ne sont pas enclins à investir dans des pays où l’explosion de la dette pourrait donner lieu à une augmentation de la fiscalité pour honorer les engagements. Cela constitue un poids pour les entreprises et leur profitabilité. À partir de là, l’appel du FMI raisonne plus comme une invite à la cohérence lancée au Sénégal. Les choix d’allocations par le secteur privé requièrent beaucoup d’orthodoxie dans la gestion d’ensemble des finances publiques.

Une dernière considération ?

La situation économique difficile que nous vivons quel, que soit l’angle d’analyse, est le reflet d’une insuffisante offre domestique singulièrement en ce qui concerne les produits alimentaires. Avec un degré d’ouverture (part du commerce extérieur dans le PIB) de 30%, nous sommes allés trop loin, il me semble, dans l’ouverture commerciale qui comporte des avatars surtout en période d’incertitudes, alors que nous disposons de tous les atouts pour nous rendre largement autonome. Dans cette perspective, il s’agit pour le Sénégal de définir un pacte de souveraineté à concrétiser par un vaste programme d’aménagement des surfaces de la vallée du Fleuve  des bassins du Sud pour produire nos principales céréales. En cela, nous aurons construit un rempart contre les incertitudes de l’économie mondiale soumise durablement à des turbulences géopolitiques. Une telle option donnerait lieu à une création de richesses et d’emplois, à l’autosuffisance alimentaire, à un élargissement de la base fiscale et à une atténuation des tensions inflationnistes. Les ressources financières et le savoir-faire qui existent doivent être complétées par des réformes adaptées notamment sur le foncier. Le Club des Investisseurs Sénégalais, dont la majorité des membres tiennent des activités dans l’agroalimentaire, travaille à donner corps à cette ambition de souveraineté économique. Plus généralement, le secteur privé national a déjà donné suffisamment de gages de ses dispositions à relever les défis y relatifs.

Source: CIS

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